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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 09:57

Quand je lui ai dit que je voulais vivre avec lui, qu'il était l'homme de ma vie, il a été très ému, m'a serrée dans ses bras, m'a répondu que lui aussi, qu'il n'avait pas cru croiser une femme comme moi. Il a commandé une bouteille de champagne. Nous avons bu pour notre amour.

J'avais toujours eu de la chance, je suis née coiffée, c'est ce que disait mon père, ma mère, mon oncle, mon grand-père. Ils sont tous morts, je suis restée seule héritière de tout le clan, ils m'ont laissée des dettes que j'ai presque terminé de payer.

L'homme de ma vie s'appelle Max-Max. Au début, il aimait écouter mes histoires. Il était réservé, pas à l'aise avec les mots, mais très attentif avec moi. Parfois, je parlais, parlais et il s'endormait. Son corps était chaud, je me glissais contre lui et m'endormais aussi.

Nous avons passé des mois merveilleux ensemble. J'ai pris un emprunt pour nos voyages à l'autre bout du monde. Nous avons découvert des hôtels où l'on était traité comme un roi et une reine.

Un an plus tard, j'avais encore des mensualités à rembourser et l'homme de ma vie ne croyait plus qu'il est ce qu'il était auparavant, il pensait même que nous ne parlions plus la même langue.

Un soir, Max-Max m'a dit qu'il ne pouvait plus découcher, il fallait que je lui laisse la possibilité de s'organiser avec sa femme. Elle était plus présente qu'avant.

Je croyais qu'il voulait divorcer.

Bien sûr, m'a-t-il confirmé, mais il faut laisser les choses se faire naturellement, aller doucement, je ne devait pas être "un poids" pour lui, surtout, il ne fallait pas précipiter les choses mais il trouvera une solution. Chaque fois, il me promettait ça, une solution pour nous en rajoutant "l'amour est un tout."

Nous nous voyons moins souvent.

Au téléphone, Max-Max me disait qu'il avait deux fois plus de travail, la crise le poussait à prendre de nouvelles responsabilités...

Il me parlait de la sorte tout en conduisant sa voiture écologique, il a du raccrocher à cause des flics.

Le soir, il était désormais sur répondeur. Tous les soirs, la même voix féminine synthétique et aimable me demandait de lui laisser un message.

Max-Max travaillait deux fois plus qu'auparavant.

Il ne pouvait pas m'aider pour les dettes, je ne pouvais pas lui demander de l'aide financière, ça ne collait pas avec notre amour. Je ne pouvais pas non plus lui demander quand il comptait tenir ses promesses, car c'était du chantage, n'est-ce pas?

Et puis, il était honnête avec moi, il avait des doutes, ne savait plus s'il fallait ou pas poursuivre nos rencontres. Avant, il me disait que j'étais la seule femme qui le connaissait. Maintenant, il me reprochait que je ne le connaissais pas du tout. Dimanche, il était marié et de lundi à samedi, très occupé, sans compter les nuits. Au bout de cinq messages vocaux, de six SMS et trois email, il me rappelait: "qu'est-ce qu'il t'arrive, voyons ?

Et lorsque je l'appelais en "numéro masqué", voilà qu'il décrochait. Affable, il me donne des détails de nos ébats amoureux, me parlait de mes seins et me murmurait à l'oreille : "Je pense souvent à toi, tu sais, surtout le soir et même la nuit, mais pas le temps, hélas! Les choses vont s s'arranger, tu verras, je trouverai une solution..."

Il ne fallait pas lui rappeler qu'il pensait à moi vautré à côté de l'autre, ça ne se faisait pas de l'embêter avec ces détails sordides. Le langage vulgaire le rendait triste.

Un matin, j'ai décidé de tout changer.

J’ai cherché une maison, je l'ai trouvée, c'était la maison de mes rêves à un prix abordable. J’ai signé le compromis de vente, mais le banquier chauve aux yeux globuleux et au sourire tremblant comme une feuille de gélatine collée au menton m'a dit que la banque ne voulait pas me faire un emprunt. J'avais déjà des dettes à rembourser, il me conseillait de revenir dans cinq ans à la fin de mes mensualités.

Je n’ai pas acheté la maison.

J’ai acheté un cheval. Je l'ai appelé Max, tout simplement.

Je l’ai mis au vert chez un couple de fermiers. Je les ai trouvé par internet. Ils vivent dans une très grande maison. Ils ont des hectares de forêts, des champs, une rivière et plusieurs étangs. Ils tiennent un haras et élèvent des vaches. Ils ont un grand écran plasma installé dans le salon pour surveiller l’étable, les boxes, donc, mon cheval.

Un soir, ils m'ont appelée pour me dire qu'il y avait des grosses inondations sur leurs terrains.

Dans l'affolement, ils ont oublié Max dans le champ. Pendant la nuit, les eaux ont monté comme jamais. De mémoire d'homme, personne n'a connu un tel déluge. Un liquide épais, marron et jaune, étalé à perte de vue. On aurait dit que la terre et le ciel réunis suintaient le limon, la boue. Ils m'ont envoyé des photos par email.

Mon cheval était seul au milieu de ce marasme. Max au milieu du rien. Il avait plus que la moitié du corps noyé, englué, mais même mort, il se tenait debout, pris dans le vase.

Je ne l'ai jamais revu.

Ni Max, ni Max-Max.

Ce matin, j'ouvre la fenêtre de mon studio : j'ai une belle vue sur les toits et le ciel bleu. Je suis contente de ce ciel bleu, même quand il est couvert et gris. Le hasard a voulu que je retrouve un travail qui me plait, pas mal payé. Je n'ai presque plus de dettes à rembourser. J'ai déménagé dans cette ville près de mon bureau au Pont-Sainte-Maxence dans l'Oise, en Picardie. Ses habitants sont appelés les Maxipontins. Petit à petit je m'y installe et bientôt, je serai moi aussi une Maxipontine.

A proximité, il y a Pointpoint et son abbaye royale du Moncel.

La Sainte Maxence a été une Irlandaise, martyre, sa fête tombe le 20 novembre.

Si vous passez par Pont-Sainte-Maxence, que vous soyez à pied, à vélo, en bateau, en train ou en voiture, faites un petit détour par l'église. Je suis souvent assise ici, comme ce dimanche, à la petite table nichée sous la glycine du bistrot. Il n'y en a qu'un seul bistrot avec sa terrasse. La glycine fleurit plusieurs fois dans l'année. Comme j'ai toujours eu de la chance, je parie que nos chemins se croiserons, un jour.

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Published by Maria Maïlat
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commentaires

Claudine Blondeau 10/03/2015 00:45

J'aime beaucoup

Maria Maïlat 22/08/2015 17:28

MERCI Claudine et au plaisir de se croiser

MichelDalmazzo 09/03/2015 11:06

Cet alignement de planètes sombres (le deuil, l'argent, l'homme, la société, la Nature..) m'a fait pensé à Curiace
(..que les hommes, les Dieux, les Démons et le Sort
préparent contre nous un général effort...) Heureusement le soleil n'a pas bougé. Il reste la mélancolie, comme un miel qui nous console de nos chagrins.
..

Mailat 09/03/2015 16:57

Merci Michel,
Ce texte n'est pas encore terminé, alors, vos remarques me stimulent pour la suite. C'est gentil d'avoir pris le temps de noter vos impressions de lecture.
 bientôt,
M