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  • : Maria Maïlat
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Un soir d'automne 2007, vers le Périf', au retour du travail, la voiture d'une collègue a été attaquée. 

Nous étions deux femmes dans l'habitacle, coincées dans un embouteillage. Un scooter chevauché par deux mecs s'est "collé" au Peugeot. Ils portaient des casques de motard. 

Un a cassé le vitre côté passager. Le bruit des milliers d’éclats de verre m’a donné l’impression d’une explosion. Ma joue droite me brûlait comme si j’avais frôlé une incendie. Les minuscules morceaux de verre avaient criblé mon visage. Une main ganté m'a arraché le sac à main. J'ai essayé de la repousser d’un geste réflexe. J'ai reçu un coup de poing dans la poitrine. L’attaque a duré dix secondes. Les passagers des autres voitures étaient figés dans la nuit éclairée par des néons à giorno. Une lumière de glace. Les piétons étaient aussi figés comme des mannequins dans une vitrine. Le scooter est reparti tranquillement en faisant du slalom parmi les voiture, à contre-sens. Puis, lorsque notre voiture bloquait la circulation parce que nous étions incapables de redémarrer, une pluie de klaxons s'est abattu sur le boulevard comme autant de balles sonores. Un commerçant s'est approché pour nous rassurer: ça arrivait souvent sur cette tranche du boulevard, tout le monde était au courant, nous n'étions pas une exception. Même qu'il avait déjà bipé la Police. En effet, un groupe compact de jeunes en uniforme, hommes et femmes armés jusqu'aux dents, a débarqué en nous demandant nos papiers. J'ai tenté de leur parler des voleurs et de la direction dans laquelle ils avaient filé. Je parlais dans le vide... Leur principale préoccupation était d’ajouter cet incident banal aux statistiques. 

Il y a eu ensuite trois heures passées dans les locaux flambant neuf de la Police.Un questionnaire que le jeune policier a rempli en tapant avec ses deux doigts sur un clavier. Le reste: poireauter dans la salle d’attente. Puis, retour chez moi, sans clés. Heureusement, mes fils était à la maison. Et depuis, rien.

Ah, j'allais oublier: j'ai dû changer la serrure de ma porte, reconstituer mon carnet d'adresse et mon calepin, refaire mes papiers d'identité, ma carte vitale, mon chéquier, ma carte bleue, faire le deuil d'un journal des “mots et des promesses du gouvernent Sarkozy” que je tenais depuis son élection suivant le travail de Klemperer… racheter mon stylo pour remplacer le cadeau de mon fils aîné, refaire ma carte orange et la carte "grand voyageur". Le SNCF m'a fait payer une amende de 50 € parce que chez eux avoir été volé ou avoir simplement perdu un abonnement revient au même. J’ai eu droit à la remarque de la fonctionnaire du guichet SNCF: j’aurais dû faire attention à mes affaires. Cela ne m’a pas étonné. La Police m’avait habituée à ne pas m’attarder sur ma condition de citoyenne subissant un préjudice. Ma seule fonction était de poser une pierre à l’édifice des statistiques que l’on utilise pour alimenter la construction de l’ennemi (délinquance, “terrorisme”) dans l’opinion publique. L'énigme qui m'intéresse: à quel moment les gens entassés dans la catégorie "opinion publique" déserteront cette case pour ouvrir les yeux et crier "le roi est nu"?

Le caricaturiste FAUJOUR a fait ce dessin pendant qu'il m'écoutait parler de cette "aventure".

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