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  • : Maria Maïlat
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Dans ce pays, la souffrance n'avait pas de langue. Muette, elle nous léchait de l'intérieur, nous chat
ouillait le ventre, on disait qu'elle avait la griffe d'une lionne qui marquait son territoire. Elle se traînait, famélique, mettait bas.

En bas, c'était moi.

Là haut, la souffrance s'envolait nimbée de givre. Elle était la maîtresse de la Lune.

Mon corps s'allongeait jusqu'à devenir ver de terre, larve de larmes, fil de fer tendu, escargot de rien.

Je me demandais si un jour, quelqu'un viendra juste pour moi, pour me faire l'amour, m'apprendre ça.

Un étranger. Forcément.

Mon frère. Il est parti. Tu es parti. Séparée, sans lui, sans toi, je survivais.

A son retour, il était méconnaissable. Je lui avais trouvé un nom secret, un code vital: Viso.


Parler de la souffrance, de son noeud coulant au centre du sexe, qui le peut?


Plutôt, parler des nuages et de ce pays recouvert de brouillard et d'une forêt de sapins sans fin. Ici, pas de couleurs. Les dieux avaient déversé du noir et blanc jusqu'à nous rendre aveugles. On marchait ainsi, les paupières closes. C'était notre jeu. On connaissaient les sentiers, les ravins, les ruisseaux, les rochers, les marécages, les grottes. On s'orientait suivant les sifflements des chauves-souris.

Ici, pas de terre, mais de la pierre, de l'eau et du sel. Des lacs de sel nichés là où on s'attendait le moins.








              

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