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écrivain anthropologue bricoleuse d'images

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Maria Maïlat - écriture-lecture-traduction, photographie, poésie, anthropologie et philosophie


de la peau, dans la peau

Publié par Maria Maïlat sur 6 Février 2009, 23:45pm

La Bourgogne a plusieurs sortes de terres et de mémoires. Mais elle ne connaît qu’une seule rose fleurie dans les Cantiques, une seule fille de joie de la révélation : la Madeleine de Magdala. Je l’associe à la madeleine de Proust. Toutes les deux ont bon goût.

La Madeleine myrrophore fut pour moi une rencontre de vérité, d’enfance retrouvée à Vézelay. Sa présence pourrait se résumer à ce murmure, souviens-toi. Souviens-toi, et apprendre à parler sans colère… Il n’y a rien de plus difficile que cela : penser, parler, regarder autour de soi sans colère, mais d’un œil éveillé, fiévreux, précis, un œil qui est relié à l'éclat de la voix intérieure, la voix dans le noir. 

Marie-Madeleine de Magdala se situe à l’opposée de Jeanne d’Arc. Elle sais que l’immortalité de la parole nous porte autrement que l’exil du soldat. 

Marie-Madeleine de Magdala est la petite-fille d’Antigone. Elle dit simplement, je peux. Je peux m'asseoir aux pieds d’un voyageur fatigué et lui laver les pieds, lui parler même sans mots. Je peux m’asseoir à la table des hommes et méditer avec eux. Et les hommes apprendront à aimer leur corps sans armes, sans armures, leurs corps nus, leur peau. Etre autant peau qu'âme.  La surface est composée des mêmes substances et sons que les profondeurs ou l'âme. La femme traverse le monde végétal et donne une autre version de l'enveloppe et de la chose cachée à l'intérieur des sentiments, des pensées.  Par elle, le peau devient aussi important que ce qui se "trame" à l'intérieur, dans ce "for intérieur" si souvent évoqué.  Mais comme Antigone, je peux aussi faire cesser ma vie quand elle est enfermée dans la haine, la guerre, l'inceste. Antigone n'est pas un "sujet de droit", mais une femme vivante. Même dans la mort, même le suicide, chez elle, c'est un acte de vie. Une lignée frappant de malheur le monde de la cité cesse lorsqu'elle se suicide avec sa sœur. Mais une ouverture vers l'immortalité s'opère avec son mythe immortel. Antigone comme Marie-Madeleine forment les traces qui nous porte et nous donne l'immortalité ou la musique des astres. La vie ne se résume pas à son apparence biologique. Elle transperce les mondes même quand le suicide s'impose, non pas pour nie la vie, mais pour l'affirmer au-delà des lois dites naturelles et positives. 

Marie-Madeleine (comme Antigone) se situe sur la ligne ténue du "si", de l'affirmation de la vie : "Si, si, tu peux." Le verbe au présent. Elle ne profère ni prière, ni injonction, ni lamentation. Elle porte une jarre remplie de parfums et d’huile aux odeurs de vie. Elle fait entendre que chaque mortel a sa part de vérité qui n’est pas entre les mains des autres. La haine et l'attirance de la mort forment une injonction qui rôde dans les multitudes, dans l'éducation, dans le bruit que  les pères et les aînés traînent dans leurs voix sans musique.  Le livre est musique d'abord, car la lumière est musique. Les enchaînés ne lisent pas, ne chantent pas. Ils fabriquent l’existence comme une monnaie. 

La parole au féminin est révélation. Elle émerge du corps, de la peau, toujours. Le corps ouvert de la femme est, avant tout, un silence qui défie les livres et les lois. 

Marie-Madeleine de Magdala est une fille de joie. Elle ne se départit jamais de cette incarnation du sacré. Elle aime les hommes. Elle fait en sorte que les hommes puissent aimer l'amour, la joie, le jouir en reliant la chair à l'âme. Il n'y a pas d'une part le charnel et de l'autre la loi, le pêché. Elle connaît mieux que personne l’homme mis à nu dans sa vérité charnelle immédiate, sans armes et sans subterfuges. Elle possède l’art de faire jouir les cinq sens des mâles qui abandonnent leur statut de chef, de messie, de prêtre, de père...

Marie-Madeleine n’est pas une mère. Elle n’est pas un garçon manqué comme Jeanne non plus. Elle ne se déguise pas. Elle n’entend pas des voix. Elle écoute. Elle parle. Elle s'adresse aux sens, à la peau. Sa part de féminité émerge (ruisselle?) dans ses cheveux, ses yeux, ses seins, ses mains, ses hanches. Cette part de la vie sans laquelle il n’y a ni création, ni même un sourire.

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