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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 16:39

"Que l'homme soit délivré de la vengeance, cela est en effet pour moi le pont qui conduit à l'espoir le plus haut."

Cette pensée de Nietzsche m'accompagne quand je veux comprendre le fonctionnement de l'éducation et de la socialisation des jeunes depuis la crèche. Les institutions qui intègrent les enfants et justifient leur existence parce qu'il existe des enfants, font proliférer les vecteurs puissants qui innoculent la logique de la vengeance. Cette logique domine aussi les cités, les religions...

Le commandemant implicite et souvent explicite de ces vecteurs institutionnels est simple: "l'enfant doit en vouloir à l'autre." En vouloir à l'autre enfant, à son frère et à ses pairs. Sans vengeance point d'éducation et les médias sont là pour le marteler et le justifier avec le flot des discours et des faits divers.

La vengeance est le signifiant-maître: les enseignants s'en veulent entre eux et se considèrent victimes du ... système dont ils sont les acteurs...

La plainte étouffe la pensée. 

Que dire du système de protection de l’enfance que je "fréquente" depuis 20 ans?

Jamais aucun système n'a perfectionné à ce niveau les mécanismes de la vengeance greffée directement sur l'imaginaire et le quotidien des enfants.

L'enfant doit témoigner contre ses parents, les renier, ne jamais vivre bien avec ses frères et soeurs, mais "demander" à être couper de sa lignée et même faire la démonstration qu'il n'est plus qu'un animal effrayé qui tremble quand il doit voir ses parents (et cela lorsqu'il est entouré d'une armada de psychologues et d'éducateurs); ou qui "devient agité"; ou qui "fait de l'eczéma", etc.... Je caricature à peine. Je lis les dossiers de ces enfants et trouve dans les écrits professionnels des "faits obscures" non-établis, fondés sur les sensations, feeling, soupçons des travailleurs sociaux... mais, au fur et à mesure du placement et des "prises en charge", ces "faits", véhiculés et validés par l'institution, envahissent l'enfant et le remplissent d'effroi.

Se venger contre les parents avec la bénédiction des "gardiens" est-ce le chantier qui conduit l'enfant à sa vie d'homme ou de femme?

Lorsque je parle de la loi positive qui pacifie ou de l'oubli heureux ou encore de la culture du pardon, les équipes et leurs cadres me regardent comme si je débarque d'une autre planète. Oui:

- Apaiser la filiation des enfants, travailler afin de pacifier leur passé et mobiliser la présence des éducateurs pour instituer un autre présent ouvert vers un à-venir qui n'existe pas... 

- Quitter ce lieu d'épuisement et de mal-être où la répétition est érigée en "loi"

....cela s'avère une mission ardue et solitaire.

Inutile de dire que l'effet en miroir de la vengence touche les éducateurs... 

L'anthropologue n'a d'autres outils que sa pensée accrochée au plus haut espoir et ses livres...

Rester à sa place et dire, interroger, faire entendre les voix des philosophes, habiter le parlêtre à la hauteur de sa personne mortelle...

Je suis témoin de l'enfant, sujet écrasé par la logique de la vengeance qui assassine le visage de l'autre et son propre accès à la langue vivante, au poème, à la pensée-langue (logos).

Du coup, on s'étonne que les enfants insultent les éducateurs, les policiers, les juges...

... mais quelle autre langue colle aussi bien à la logique de vengeance si ce n'est l'insulte?

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Published by Maria Maïlat
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