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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 12:11

Rien ne permet d'établir une relation de cause à effet entre la vie d'un enfant dont les parents se séparent quand il a 4 ans et son "comportement violent" à l'âge de 14, 16 ans. Cependant, dans nos institutions d'éducation et de protection de l'enfant, les professionnels de terrain et les sociologues tracent une ligne droite entre ces deux moments de la vie en choisissant un échantillon parmi les jeunes en prison ou ayant déjà un casier. Cette fiction "scientifique" formulée à posteriori est érigée en vérité par les politiques de la jeunesse. Dans aucune autre science une telle démonstration fallacieuse n'aurait abouti à une reconnaissance. 

 

L'appauvrissement de l'explication sociologique empêche les professionnels de terrain de réfléchir en terme de projet éducatif et d'accompagnement des enfants. Parce que cette explication induit la croyance qu'il existe une fatalité entre le sort d'un jeune de 18 ans et les comportements de ses parents, ainsi que leur mariage. 

 

Par ailleurs, le fait que les onze jeunes "étudiés" vivent dans la pauvreté économique et sont bannis par l'environnement social où ils sont domiciliés ne suscitent aucune réflexion, aucune mise à distance des schémas sociologiques et des concepts stigmatisants utilisés par le sociologue...

 

La stigmatisation des jeunes relève en anthropologie de la culture qui donne du sens à la souillure et aux rites de purification. Ces rites remplacent dans notre culture les rites de passage nécessaire pour pouvoir passer de l'âge "jeune" au monde des adultes. mais qui s'autoriserait aujourd'hui de penser l'éducation, la prise en charge des jeunes en terme de culture et donc, de rites de passages? la technique et le dogme policier, répressif écrase notre capacité de penser en terme de valeurs culturelles et de transmission entre les générations. Cette transmission se fait en marge, par des bénévoles, des associations qui sont elles aussi confrontées aux rites de souillure et de purification de la société appliqués aux jeunes. 

 

Selon Mary Douglas, toute société est traversée par quatre manière d'appréhender la "pollution sociale": 

- La souillure extérieure qui "rôde" aux frontières et qui menace d'envahir ou de voler la place des autochtones. 

- Les frontières internes tracée autour d'une population qui "trouble l'ordre pré-établi pour eux et qui leur est imposé: voilà les "sauvageons", ceux dont la cuisine "sent mauvais", d'une part, et les "propres", "cols blancs" d'autre part.

- Le danger que l'on situe à l'intérieur même de l'individu et donc, de son espace intime de vie (dans le corps, dans le "psychisme" ou dans la "famille).

- La pollution de la pensée et de l'action provoquée par des contradictions internes à un système, à un dispositif, à un plan d'actions. Ces paradoxes rendent fous surtout lorsque des professionnels les appliquent à la vie d'un enfant ou d'un parent. Ces contradictions font qu'un système ou une institution est en guerre avec soi-même et produit des graves dégâts dans le vie de ceux qui y sont "pris" (placés, sous tutelle, etc.). Dans ces systèmes en guerre contre leurs propres missions , l'accent est mis sur la définition de la violence qui est présentée comme constitutif de l'être, c'est à dire du jeune. On s'interdit de différencier un comportement dans un contexte donné de la personnalité du jeune. Or, sans cette différenciation, le système de prise en charge force l'individu de réduire sa personnalité à une pathologie ou à une forme de violence qui l'auto-détruit. 

A charge à chacun de penser ces rites dans sa manière de vivre avec les jeunes (dans sa famille, son voisinage ou dans son travail).  

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Published by Maria Maïlat
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