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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 13:06

 

boue-st-malo.jpgSaint Malo, un jour de marrée haute. Soleil. Ciel bleu. Vagues d'émeraude, tout y est. Chambre avec vue. Silence. Mois de mai frileux, les prévisions météos catastrophiques ont découragé une partie des touristes qui n'ont pas pris la direction "Saint Malo". Samedi, jours fériés obligent, les mariés sont devant La Mairie, le marié avec se potes et la mariée entourée de ses parents et femmes mûres. Peu de jeunes femmes, beaucoup de jeunes hommes en trois pièces, cheveux coupés courts, ironisant sur le sort de celui qui "passe à la casserole". 

 

... Vers l'hôtel Alpha Océan, les villas encore fermées épaississent le silence et le bruit des vagues. Des jets d’écume jaillissent au-dessus des quais, lèchent les tiges des réverbères. 

 

A cinq cents mètres de ce lieu paisible, les badauds armés de guides touristiques identiques s’attroupent, puis marchent les uns sur les autres, s’enfoncent dans la vieille ville. Ils ne cherchent pas, ils ont tout trouvé. Pas une personne, mais une masse dirigée au rythme des news et du pouvoir d’achat. Et pourtant: à croire les Impôts, les riches sont plus nombreux à Saint Malo qu'il y a cinq ans... Je suis triste et un peu en colère de voir tout ce monde habillé pareil, marchant au même rythme, suivant le même itinéraire... il ne leur manque qu’un Petit Père du peuple. Ils trottent dans leurs tennis confortables, assorties à leurs petits chapeaux ou casquettes. Ils portent les mêmes lunettes de soleil et marchent les mains dans le dos, traînant à leur gauche, depuis des lustres, les mêmes bonnes femmes clonées sur un modèle à moitié obèse, à moitié lifté. Que des spécimens d’une vie en Kitsch! Elles s’affairent comme des baleines hors de l’eau, agrippées à leur sac ou au bras de leur légitime mari qu’elles ne quittent pas d'une semelle comme si leurs yeux avaient été remplacés par les miradors d’une prison.

Au bout de cinq minutes dans la vielle ville, je fais demi-tour, me sauve, longe les quais jusqu’au bout de la Rochebonne, où il faut prendre le risque de se faire submerger par une vague, mais la roche, elle tient, me tient, la bonne, la silencieuse. C'est l’endroit où le café est vide et le petit restaurant rassemble des habitués. J'y mange comme à la cantine d'une grand-mère, du poisson frais et les premières moules encore petites, mais bonnes. Je passe trois jours dans cette partie de Saint Malo, cherchant les mots égarés dans les rues désertes... Le soleil brille à travers les fenêtres de ma chambre avec vue. Ecrire à une petite table, cela me suffit. L’homme à l’allure de Posseïdon, au regard droit, perçant, est là, dans le noir, j’entends sa respiration forte, accélérée… sommeil.

 

Le lendemain, je tente la thalasso: des bains bouillonnant et massant, aux huiles essentielles et aux algues (comme si l’huile sans le mot “essentielle” n’avait pas les mêmes vertus)… Mais là encore, je ne supporte pas les vieux en peignoirs blancs, chevilles fluettes, démarches chancelantes, visages cachés sous des masques de rides, de lifting et de re-rides, visages que la mort appelle par le petit nom d’un enfant grabataire. "On demande Madame de Rotschild pour son petit bain moussant!" Elle exhibe un sourire anonyme et la mise en plis d'une reine ou d'une boulangère. Ici, il n'y a plus de différence, nous sommes tous habillés à l’identique dans des ridicules peignoirs blancs, à même la peau. On erre dans les couloirs des Thermes avec nos petits sacs en plastic, identique aussi… Vaut mieux revenir à la solitude d'Alpha Océan. Pourtant. J’aurais aimé faire l’amour dans une de ces grandes baignoires aux éclairages mordorés, soft and easy, make love, what else? 


Je reviendrai, peut-être, après un déjeuner gourmand au Cap Horn...

 

 

 

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Published by Maria Maïlat
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