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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:27

Selon Nancy Frazer, quatres points séparent ces deux paradigmes - rédistribution et reconnaissance: 

1. Leur conception de l’injustice diffère. Le paradigme de la redistribution met l’accent sur les injustices socio-économiques qui résultent de l’économie : l’exploitation, l’exclusion économique et le dénuement. Le paradigme de la reconnaissance, pour sa part, cible les injustices produites par les normes et modèles culturels et sociaux de représentation et de communication. 

2. Propositions des remèdes à l’injustice. Les deux paradigmes proposent des remèdes qui divergent considérablement. La redistribution vise la restructuration économique, l’accès à des formations qualifiantes, la création d’emplois, la réorganisation de la division du travail ou la transformation des autres structures économiques. Le paradigme de la reconnaissance élabore le remède à l’injustice à partir du changement symbolique ou culturel: le changement des lois obligeant certaines institutions d’intégrer les enfants dans des formes d’éducation qui leur donnent des chances égales dans l’appropriation des savoirs; la reconnaissance de la culture des minorités méprisées, la valorisation de la diversité culturelle, la transformation des normes et modèles qui composent la manière d’entrer en relation  avec des personnes dites en difficulté de telle manière que «l’identité de tous s’en trouve affectée».

3. La définition des groupes atteints par l’injustice. Pour le paradigme de la redistribution, il s’agit de classes sociales, ou de groupes définis en termes économiques «selon leur rapport au marché ou aux moyens de production». Exemples: la classe ouvrière exploitée, les groupes d’immigrants ou les minorités ethniques qui sont exclues du marché de travail à cause de leur ethnie. A cela s’ajoute les femmes qui sont souvent moins bien rémunérées que les hommes ayant le même métier qu’elles.

Dans la reconnaissance, les victimes et les groupes sont définis en fonction de l’estime, de l’honneur et du prestige dont ils sont privés et en fonction des droits qui leurs sont inaccessibles (bien qu’on leur disent qu’ils ont tel ou tel droit). Autrement dit, les conditions d’humiliation, de souffrance, de honte sont telles que l’individu ou le groupe se trouve dans l’impossibilité d’exercer ses droits.

4. Une conception divergente concernant les différences entre les groupes. Dans le paradigme de la redistribution, ce sont des différenciations injustes qui doivent être abolies. Ce paradigme privilégie donc, le principe d’égalité et de proportionalité. Le paradigme de la reconnaissance voit au contraire dans ces différences des variations culturelles qu'il faudrait préserver, intégrer dans une lutte pour la reconnaissance. Pour les penseurs de ce paradigme, les différences constituent une ressource, à condition qu’elles soient rattachées à un processus de valorisation par les institutions qui ont à faire à ces groupes ou individus. Cela suppose une déconstruction importante des approches théoriques qui situent les parents dans la carence, la déviance et qualifie leur identité sous la norme du danger et/ou de la maltraitance.  

Ainsi, le rite traditionnel de « fady kambana »  à Madagascar est sorti du contexte culturel et jugé à travers les normes occidentales, ce qui fait dire aux experts que le "fady kambana" est "une coutume discriminatoire". On préconise sa destruction par la coércition et l'humiliation de ceux qui le pratiquent. Du coup, le rite devient secret, caché. Ce qui entraîne davantage de repression.

 

Les défenseurs de la redistribution insistent sur le fait que la politique des spécificités identitaires peuvent déclencher des formes de «balkanisation» de la société et un rejet des normes morales universalistes. À l’inverse, les tenants de la reconnaissance estiment qu’une «politique redistributive aveugle à la différence peut renforcer l’injustice en universalisant faussement les normes du groupe dominant, en exigeant l’assimilation des groupes subordonnés» l’enjeu posé par les penseurs de la reconnaissance exige une redéfinition de la culture dans un contexte de mondialisation. 

Or, dans la réalité quotidienne, l’injustice économique et culturelle sont souvent imbriqués et concernent les mêmes groupes et individus.

Nous devons donc viser à développer une approche qui intègre harmonieusement ces deux méthodes qui tendent à faire émerger la justice sociale dans la société.

Suivant les travaux de Nancy Frazer, «se voir dénier la reconnaissance, ce n’est pas simplement être victime des attitudes, des croyances et des représentations méprisantes, dépréciatives ou hostiles des autres; c’est être empêché de participer en tant que pair à la vie sociale.» dans la protection de l’enfance, as aussi à l’école, cet empêchement est mise en scène par des institutions: leurs modèles institutionnalisent le postulat que certaines catégories de population ne «méritent» pas de participer au même titre que les autres à un échange qui les installent dans le respect et l’estime. Tel est le modèle institutionnel qui domine aujourd’hui les rapports entre parents et professionnels. Le signalement est l’arme par laquelle tout paradigme de reconnaissance et de redistribution sont jeté aux oubliettes. Or, «dans la mesure où ces modèles de mépris et de mésestime sont institutionnalisés, ils entravent» tant la participation que  la redistribution économique. Il suffit d'évoquer la pénalisation économiques des parents lorsqu'on bloque  les allocations familiales pour ceux qui se voient inclus dans les mesures de placement de leurs enfants. dans ce cas, les deux formes d'injustice sont applquées aux familles.

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Published by Maria Maïlat
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