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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 14:20

 A la fin du 20e siècle, le néologisme parentalité a été introduit dans le vocabulaire politique par la Délégation interministérielle à la famille (la DIF). La DIF fut créée à l’initiative d’un gouvernement qui entendait encourager les solidarités au sein de la société civile par une autre entrée que le dispositif qui observe et signale les parents et leurs comportements. Il s’agissait d’équilibrer le rapport entre les parents et les institutions en charge de l’éducation et/ou de la prévention concernant les enfants et les jeunes. La création des réseaux d’écoute, d’accompagnement et d’appui des parents (les REAPP) visaient l’ouverture des institutions (établissements scolaires, foyers de placement, structures de la petite enfance, etc.) afin de construire une place d’égal à égal entre les parents et les professionnels. Cette politique du gouvernement a été une réponse aux tentations répressives ciblant les parents (les premières mesures de couvre-feu et les discours réactionnaires dirigés contre les jeunes “sauvageons”, “tous délinquants” etc.). La famille était en passe de devenir le “bouc émissaire” à la suite de nombreuses “politiques de la ville” en rade et de l’absence d’une réflexion concernant la transmission entre les générations.

 

Début 2000, dans le domaine des politiques familiales, deux courants se sont affrontés: 

Un courant centré sur la répression, voir la criminalisation des jeunes et des parents à l’affût de la moindre “incivilité” qui a utilisé le pathos déclenché par “l’enfance maltraitée”, tout en marginalisant le défenseur des enfants qui avait pour mission de rassembler des données objectives (par exemple, il a pu attirer l’attention que la maltraitance et les violences faites aux enfants et aux adolescents concernent également des personnes ayant autorité sur les enfants et pas seulement les parents). Mais ce courant n’a pas besoin de comprendre et de construire la paix sociale, bien au contraire: sous couvert de protection de l’enfance, il produit un amalgame entre, d’une part, le pathos de l’enfance malheureuse et, d’autre part, la peur et les ressentiments dirigés contre les jeunes. Nous avons ici tous les ingrédients de la vieille “bonne” idéologie manipulant la haine, autant que les bons sentiments.

Un autre courant cherchait à promouvoir une société plus juste en rattachant la fonction parentale à l’éducation populaire, à la promotion des droits de l’enfant et à la politique d’une “communauté” éducative composée de parents, professionnels et bénévoles censés bâtir ensemble une responsabilité collective pour la co-éducation des enfants et des jeunes. Il s’agissait de mettre fin à la logique binaire entre les bons et les mauvais parents, afin que les jeunes puissent circuler entre leur maison et la rue, dans l’espace privé et dans l’espace public. Les REAPP étaient ces “lieux” où des hommes et femmes sans uniformes et sans armes se rencontrent, se parlent, réfléchissent et agissent pour et avec les jeues. Je me souviens, notamment, d’une bagarre entre deux groupes de jeunes qui était en train de dégénérer. Au lieu d’appeler la police et d’ameuter les médias, le maire, la Maison des Jeunes de la commune (MJC) et les Centres sociaux ont fait appel aux associations et aux parents des jeunes. En moins d’une heure, la paix sociale a été rétablie sans blessés, sans violences et sans arrestations, donc, sans “lutte contre la délinquance” mais dans u esprit d’éducation et de responsabilité civile, collective. Ce courant politique affirmait que les valeurs ne se délitent pas, car elles ne sont vivantes que si les hommes et les femmes les expriment, les mettent en pratique dans leurs propres façons de vivre avec les enfants et les jeunes. Ainsi, l'exemplarité (en commençant avec l’utilisation de la langue par nos chefs politiques) et le faire-ensemble sont les deux vecteurs des valeurs. 

 

Force est de constater qu’en 2010, le courant répressif a gagné parce qu’il est une machine de guerre lancée contre des gens ordinaires pour qui, l’enfant demeure une … valeur. Une partie de l’élite politique et intellectuelle de cette société vieillissante, sans projet, sans contre-pouvoir, droguée par l’orgueil, la peur et la crise, a assimilé les discours dominants prônant l’insécurité comme une faute des jeunes et de “certains parents”. En janvier 2010, le gouvernement a décidé d’inclure la parentalité dans la lutte contre la délinquance des mineurs et la lutte contre les drogues. Ni plus ni moins.  Le résultat de ce glissement est affiché sur le site de la MILDT rattaché au Cabinet du Premier ministre (cf. sur le net): “Dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie organise les 6 et 7 mai 2010 des états généraux de la parentalité à Paris (Espace Reuilly).” A mettre en lien avec un autre discours tenu, en 2006, par un Ministre de l'Intérieur: “Je ne crois pas qu'il y ait encore beaucoup de parents qui puissent  longtemps imposer des décisions à leurs enfants par la seule autorité.”

 

L’orientation répressive de 2010 contre les parents est affichée et validée par des institutions et des chercheurs qui se sont réunis dans un groupe de travail “parentalité” sous les ordres du Cabinet du premier ministre en 2009 et qui ont rédige la langue de bois suivante:  Le soutien à la parentalité, composante indispensable de la prévention de la délinquance, doit être mieux coordonné et réorienté vers les familles fragiles sur un plan socio-économique ou qui rencontrent des difficultés particulières. ” Autrement dit, les familles dites “fragiles” ayant “des difficultés particulières” (???) le deviennent davantage parce que le gouvernement fait d’eux des “composants indispensables de la prévention de la délinquance”. Remarquons que ce sont des gens comme vous et moi (qui n’a pas eu des “difficultés particulières” avec ses enfants?) qui sont les cibles de cette drôle de “prévention de la délinquance”. Car le mot “prévention” subit un traitement de choc : “On aborde désormais la prévention de la délinquance dans sa globalité, de façon pragmatique et loin de l’opposition stérile prévention-répression, comme une politique publique à part entière, dans ses dimensions à la fois pénales, sociales et sanitaires.” (site MILDT) Le trait d’union entre prévention et répression indique un court-circuit aggravé par le fait que le pénal passe en premier, avant le social et le sanitaire. NOUS VOILA TOUS COUPABLES. D’où les gardes à vue des mineurs au moindre geste “suspect” et, demain, la garde à vue de tout citoyen-parent. Mais la langue française est, elle aussi, mise au ban: les mots sont rackettés, fondus, rendus amnésiques. Le site de la MILDT qualifie d’ ”opposition stérile” deux approches qui s’opposent réellement et qui sont désignées par deux mots français bien distincts. Faut-il réaffirmer que la prévention est effectivement autre chose que la répression? 

Comment peut-on accepter ces assertions gouvernementales qui poussent notre société sur la route de la guerre intestine entre les générations? La parentalité est désormais tournée contre la société civile, contre “certaines familles”. Elle est annexée à la lutte contre la délinquance des mineurs et des toxicomanies, mission française rattachée, par ailleurs, à des organismes internationaux de lutte contre la criminalité… Bientôt, on nous ordonnera de ne pas s’encombrer d’opposition stérile entre “jeune” et “délinquant”… Et aussi, qu’un jeune qui a eu un passage soldé par une arrestation et un condamnation doit être banni, rendu “inéligible” comme le stipule le porte-parole de l’UMP dans le journal gratuit “20 minutes” (25 février 2010). 

Nadine Morano apporte sa contribution à cette marche groupée qui enferme les politiques de la famille et de l’enfance dans le soupçon, la disqualification, l’exclusion, dans la mentalité de la guerre intestine: nous voilà conviés à discourir comme dans une usine pour “fluidifier la transmission des informations préoccupantes” concernant le “nomadisme de certaines familles” (cf. la secrétaire d’Etat chargée de la famille). A suivre?

 

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Published by Maria Maïlat
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