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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 14:48

I. La naissance en Occident

Parmi les représentations culturelles de nos “modernes”, citons une qui est de taille: la fréquence de la grossesse produirait un petit poids et une petite taille chez les nouveaux-nés. Cette logique de cause à effet a été infirmée par les études scientifiques. Les études sur des populations réelles arrivent au constat que l'espacement des naissances et la réduction du nombre de grossesses par femme n'a aucune incidence sur le poids et la taille des nouveaux-nés. Néanmoins, cette idée reçue continue d'être utilisée par les ONG qui interviennent dans la vie les Roms en Europe (cf. Des Manuels édités par des ONG européens et américains à l'intention des sages-femmes et des femmes Roms. Par cette manipulation, ces ONG entendent culpabiliser les Roms et limiter le nombre des naissances). En revanche, les études scientifiques mettent en évidence que les causes qui induisent une diminution du poids et de la taille des nouveaux-nés sont les conditions de travail et de vie de la femme enceinte, le fait qu’elle est entourée ou pas, sa nutrition et les soins affectifs et corporels qu'on lui prodigue.


II. La naissance dans d’autres cultures

- Chez les Tablebala

, les enfants qui se présentent par les pieds au lieu de se présenter normalement par la tête sont dits “arent aki” - sortis droits. On dit que ces enfants promettent d'être voyants ou marabouts. De même, ceux qui n'ont pas été étouffés au moment de l'accouchement par le cordon ombilical, même si le cordon est serré autour de leur cou, ils sont inscrits dans le don, porteurs de chance. Mais de ces situations de naissance, on ne doit parler à personne, ni plus tard, ni aux enfants eux-mêmes… Car si on en parle, ces particularités risquent d’entraîner leur mort.

- Si l'enfant est mort-né ou succombe aussitôt après sa naissance, il est lavé par l'accoucheuse, placé avec un peu de “subtiri” (nourriture) dans une toile nouée aux deux extrémités. Les amis et les voisins rivalisent à qui offrira cette toile, car une baraka particulière est associée à ce don. C'est l'un de ses oncles qui le porte jusqu'au cimetière, simplement dissimulé dans les plis de son habit. La mère pétrit elle-même un petit pain salé (la farine en aura été moulue par ses soins) qu'elle garde pendant trois jours entre ses seins, maintenu par une écharpe, ainsi que le couteau qui a tranché le cordon ombilical. Le pain est ici galactophore : il absorbe le lait au contact des seins et le restitue à l'enfant mort, cependant que le couteau joue un rôle de lactifuge. Le troisième jour après la mort, le pain est enterré par la mère escortée des femmes de la famille, à droite de la tombe, près de la tête de l'enfant. On joint au pain la petite poterie qui avait été préparée pour le nouveau-né… La mère est accompagnée et elle peut encore donner à son enfant mort-né, de sorte que la logique du don se prolonge au-delà de la disparition physique de l’enfant.

- Sur un rite pouvant être appelé rite de deuxième naissance: lorsqu'un enfant est atteint de convulsions, c'est parce que “enra ri epseka” (“mon oncle est passé”). Il s'agit d'une façon de parler détournée et conventionnelle d'un “esprit” qui s'attaque aux enfants et qu'il ne faut en aucun cas nommer. Quand un enfant présente les signes caractéristiques des convulsions, la mère sans perdre un instant, doit rompre les colliers qu'elle porte au cou, délier rapidement sa ceinture et ses cheveux, aucun nœud ne devant s'opposer à la libération d'une seconde vie nécessaire à l'enfant qui va mourir. (En l'absence de ce traitement réputé infaillible, les convulsions seraient mortelles). La mère s'accroupit en flexion sur les genoux dans la position commune aux femmes pour l'accouchement. Puis elle place l'enfant sous son habit, entre ses cuisses écartées, la tête au contact des organes maternels. Il s'agit d'une véritable re-naissance, nécessaire après le passage d'enra ri, qui virtuellement a pris la vie de l'enfant. Ce traitement ne peut être appliqué qu'une fois; il est d'ailleurs décisif : aucune rechute n'est à redouter.


Dans les trois rites présentés ci-dessous, le don de vie jouxte la mort sans opposer le parent à l’enfant et sans cliver d’une côté la protection de l’enfant et de l’autre l’accompagnement des parents. Une conscience du danger est structurée dans ces rites, mais ce danger n’est pas enfermé dans la logique de la recherche d’un coupable, en occurrence d’un parent coupable. Le parent est accompagné dans son devenir parent, même quand son enfant est mort-né.

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Published by Maria Maïlat
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