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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 09:35

mimic-octopus-sentinel-posture.jpgDepuis l'aventure du volcan islandais qui m'a empêchée de quitter l'île de La Réunion, je m'intéresse davantage aux fictions qui dépassent nos perceptions et idées arrêtées concernant notre planète...

Aaron me présente un petit film  vidéo nous permettant d'observer quelques instants de la vie d'une drôle de créature découverte dans les profondeurs de l'océan il y a environ dix ans. La photo montre "notre" contemporain, vivant sur cette planète invisible, en position de sentinelle, d'observateur. Dans cette posture, on dirait un coquillage muni d'oreilles de chat et des yeux. Regardez bien les premières séquences de ce petit vidéo: une rencontre entre un crabe et le mimic octopus produit un effet de sidération chez le crabe. Brusquement, l'octopus devient tout noir et fait le "gros dos", ce qui déclenche la sidération du crabe. Pourquoi? On ne le sait pas...

Le mimic octopus peut aussi imiter un redoutable serpent de mer. Mais l'octopus nous fait comprendre qu'il a tout appris, oui: il a observé les autres bêtes et a appris à les imiter. Il peut se métamorphoser en poisson-roi aux aiguilles piquantes. Ce poisson ressemble à une fleur. Mais les autres animaux aquatiques apprennent - en se frottant à ses pics - qu'il faut se méfier de cette jolie petite fleur empoisonnée. Il n'y a rien d'inné dans la transformation de l'octopus, dans ses nombreuses méthodes d'adaptation et de ruse ou d'intelligence. Notre octopus apprend à utiliser son système sensoriel: odorat, sens tactile, etc. Et lorsqu'il se trouve devant un problème, il mobilise ses différents sens pour mieux analyser et trouver la résolution (et non pas la solution) d'un problème.

 

Et nous? Qu'apprenons-nous en passant par Facebook, par exemple?

 

Le mimétisme est une étape qui tient à l'environnement dans lequel l'homme, comme d'autres créatures, vit. Le petit de l'homme observe non pas son père et sa mère, mais l'ensemble des adultes et les autres enfants. Le mimétisme occupe une place importante dans les travaux d'un philosophe-sociologue français, Gabriel TARDE (1843-1904), adversaire de Durkheim. Il fut un temps, pendant ma vie en Roumanie, où je me suis intéressée aux lois de l'imitation de Tarde avec l'intention de les traduire en roumain. Puis, la dictature a balayé mes projets qui exigeaient une paix propice au travail intellectuel, à l'écriture, à la traduction. Et j'ai été poussée vers l'exil pour découvrir, entre autres, qu'en France, presque personne ne poursuit la voie ouverte par Tarde. Le mimétisme dans la société humaine, que l'on retrouve dans l'identification, l'éducation, l'amour, l'amitié, les liens entre frères et soeurs, n'est pas pris en compte. Peut-être parce que dans la langue française, ce terme est assimilé à l'imitation, au contrefaçon des objets de marque. Nos contemporains français opposent l'original à l'imitation, le premier étant digne d'estime et de convoitise, le deuxième étant l'attribut des falsificateurs. La Cité des sciences de Paris propose sur internet un petit jeu pour découvrir les contrefaçons... On parle aussi de l'identification, mais qui reste floue. En revanche, la reproduction est une des lois qui "sévissent" sans que l'on analyse quels sont les fondements philosophiques et idéologiques de ce que certains appellent "reproduction", par exemple, lorsqu'on affirme que "l'enfant maltraité sera un parent maltraitant" ou lorsqu'on dit qu'une femme "qui n'a pas connu sa propre mère ne saura pas s'occuper de ses propres enfants"...

Les Grecs anciens pensaient que la femme enceinte "imitait la nature" mais que cela ne suffisait pas pour mettre au monde un enfant dans la culture: l'inscription de l'enfant, son accompagnement et éducation était une charge politique qui impliquait la responsabilité de la cité (polis) pour parvenir à ce que l'enfant devient un homme.

 

Et l'art, est-ce qu'il "imite" la nature? Non. A moins que l'on conçoit la nature comme une création humaine depuis que la planète Terre accueille la vie. Sommes-nous les créateurs divins de cette planète, des arbres, des animaux, de l'octopus, de la vie, en somme? Cette question caricaturale devrait nous obliger à retrouver l'humilité, surtout lorsqu'on porte une casquette institutionnelle, professionnelle et que l'on intervient dans la vie des autres, notamment, quand on fait une orientation scolaire vers l'échec d'un jeune enfant. Inscrire l'enfant dans l'échec par le truchement de l'école, c'est signer l'échec de notre culture dans le processus de la transmission.

 

OCTOPUS, je vous salue! Comment faire pour que nos institutions éducatives se mettent à "mimer" la vie, l'ouverture de l'expérience des enfants dits difficiles vers la vie sociale? Comment stopper la prolifération des contrefaçons, ces clichés négatifs collés sur l'enfant qui l'assignent à une place de violence, agressivité, échec, défaillance de ses parents? Comment changer les adultes pour qu'ils parviennent à proposer à l'enfant plusieurs alternatives de l'ETRE? Je pense à Mickaël, Samuel, Ange, Elodie... Pourquoi les adultes qui les entourent finissent par leur renvoyer la même image figée négative insupportable: pleurnichard, agressif, casse-pieds, instable, incasable, etc. Octopus pourrait nous apprendre qu'il faut apprendre aux enfants à imiter plusieurs formes d'existence, attitudes, caractères, leur ouvrir le monde des arts, du théâtre et surtout du jeux. Un homme qui avait à vivre avec cinq enfants dans une maison et qui exercé un travail très prenant m'a racontée qu'il a initié avec eux un "jeu de rôles dont vous êtes le héros". Les enfants ont grandi et aujourd'hui, ils sont tous bien dans leur tête et leur vie.

Jouer pour survivre, jouer pour apprendre, jouer pour pouvoir se tromper sans se faire punir ou mal-noter par l'instit', jouer pour pouvoir faire des choix plus tard... Jouer pour apprendre que l'on peut passer d'un état d'autodéfense à celui de l'amitié, d'un état de conflit à celui de la fraternité. Combien d'enfants se trouvent enfermés dans une seule et même institution où l'on parle de règlement intérieur, programme, discipline, ordre? Un ordre froid, glacial plus proche de la mort que de la vie? Alors, à quel moment, nos institutions de l'enfance se mettront à imiter la nature, surtout, maintenant, lorsque le printemps nous ouvre un livre plein d'alternatives? 

 

 

 

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Published by Maria Maïlat
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commentaires

nath 07/05/2015 06:57

Super.
Merci pour cet écrit qui m'a beaucoup interpellé.
Je suis en plein dedans et me trouve désarmée face au négativisme de ma fille.
Le psy m'a parlé de mimétisme mais je n'avais pas pris conscience de l'importance et de l'ampleur du problème.
Ils le font en tout et pour tout!
Quelle responsabilité! La petite partie sur le père et ses jeux de rôles est très intéressante et aurait mérité d'être développée.
merci. Votre message m'a interpellé et fait entrevoir que je pouvais trouver des solutions.

Maria Maïlat 22/08/2015 17:26

Bonjour, je vous souhaite bon courage et donnez-moi de vos nouvelles. N'hésitez pas de me poser des quesirons aussi. Belle fin d'été à vous