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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 13:02

Saint-Denis est une ville tirée au cordeau, quadrillée comme une base militaire, une caserne ou un établissement carcéral: le même modèle décrit par Foucault. Mais la folie, c'est à dire la vie, s’insinue par les gouttières et les cours où poussent les bougainvilliers et les orchidées à la place des orties et des pissenlits.

 

La ville est entourée d’océan. Il ne reste qu’une petite moitié bordée par la montagne brusquement érigée comme une muraille sombre. 

 

Les grandes maisons entourées de parcs escarpés qui se hissent en haut dans le quartier dit de La Montagne sont les plus chères. La route qui y monte est une prouesse creusée dans la roche volcanique, une dentelle.

 

Jadis, sur cette île les meilleures choses commençaient et finissaient en France. Comme la vie des jeunes soldats créoles, malgaches, kafres, zarabes, petits blancs du haut, indiens affranchis, chinois muets, malbars rebelles: tous avaient à traverser les mers pour tomber pour la France sur les fronts des guerres d’Europe, d’Indochine, d’Algérie. Un seul monument hissé au coeur de la ville de Saint-Denis les rassemble sous un seul symbole: l’ange de la victoire. 

 

Quelques bâtiments (certains très délabrés, d’autres refaits récemment) attestent de l’ancienne richesse du temps où l’île produisait le sucre de canne. A l'époque, elle avait sa part du gâteau d’un commerce maritime qui a dû céder la place aux routes tracées au-dessus des nuages. 

 

Juste avant la tombée de la nuit, la cathédrale fait sonner les Vêpres. A quelques centaines de mètres plus loin, le muezzin planté dans la tour, en haut de la Mosquée, appelle les fidèles à la prière. Le mouvement des Alizés fait en sorte que les deux appels ne se croisent pas. On dirait que chacun a sa part de résonance dans ce petit monde. Il suffit de traverser une rue pour entendre l’appel musulman. Les garçons ont échangé leurs joggings contre les longues chemises blanches et courent vers leur lieu de prière. Les fillettes portent le voile. Quand le vent soulève leurs habits, on aperçoit le blue-gin ou la trace colorée d’une mini-jupe. Rien ne se perd, tout se transforme.

 

Plus loin, deux temples (bouddhistes, indiens?). A quelques pas, la synagogue. Mais à l’heure où la Mosquée ouvre ses portes, la cathédrale muette ferme son grand portail. elle ferme en même temps que la plupart des boutiques de luxe.

 

Le petit marché installé devant la Mosquée est noir de monde. Je m’achète des samosas, bonbons piments et rondelles d’ananas fraîchement cueillis. Derrières les voiles, les regards des femmes fusent, brillent, épient, cherchent, fouillent, rient, rêvent. Une profusion de regards, des yeux partout. 

Ces regards sont saisissants, fascinants.

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Published by Maria Maïlat
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