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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 22:12

Un impératif éthique s’impose à nous : dans nos stages, analyses de pratiques, formations, il faut tirer des limbes le mot liberté : c’est le besoin fondamental, essentiel de l’enfant. 

L’être commence par bouger et c’est par le verbe "se mouvoir" qu’il accède à la reconnaissance du fait qu’il est vivant. Les choses non-vivantes ne sont pas aptes à se mouvoir. Se mouvoir est le besoin du vivant et la liberté est la traduction de ce «mouvoir» dans la sphère politique de l’humain. Nous naissons libres. 

Le foetus est vivant quand il commence à bouger. il lui faut des mois pour que ses mouvements soient organisés dans un corps à naître. Puis, il devient homme quand il se met en mouvement dans l’apprentissage de la pensée/parole et des actes. Il entre dans la sphère du logos. La parole est un exercice de liberté, autrement, l’enfant s’arrête sur le seuil, ne prend pas le risque de s’aventurer vers l'autre, vers dans l’apprentissage du parle-être. Sans liberté, l’apprentissage est bloqué, l’enfant se fige dans l’enclos. Certes, il parle, il agit «comme si»... mais sa subjectivité ne quitte pas l’enclos. Sa partie vivante se fosilise. Il construit son identité sur la peur de l'autre. Il demeure dans une sorte d’autochtonie «sécurisée» qui règne dans les discours et dans l'aire du temps. Le sacro-saint "besoin de sécurité" dont parlent les spécialistes n’est que le signe de vieillissement de ceux qui propagent cette croyance. Ils ont oublié la soif de liberté propre à l’enfance! Comment est-ce possible ?

 

Ainsi, Moïse placé depuis sa première année de naissance, entouré d’enclos, de dispositifs et de discours sécurisants, cherche par tous les moyens de partir, de s’évader de cet univers où règne l’idéologie du besoin de sécurité. Les experts le traitent de «suicidaire» et mettent sur le dos de sa mère les «troubles de comportement» d’un enfant qui veut bouger, exprimer la liberté. L’enclos de la protection de l’enfance ne connaît pas ce besoin de l'enfant.

 

Un jour, Moïse parvient à quitter la maison de l’assistante familiale. Une maison entourée de haut mur en meulière, avec un portail électrique toujours fermé et des barres de fer aux fenêtres. Cette famille a été choisie parce que, selon l’inspecteur, les conditions étaient réunies pour «offrir» un cadre sécurisant à cet enfant «suicidaire». Et voilà qu’un jour, Moïse est sorti de cet enclos. Il n'a pas fugué, bien que l'inspecteur a noté dans son dossier cet "incident" comme "tentative de fugue". Moïse à six ans. Il est sorti de l'enclos dans une rue pietonne, de l’autre côté du portail.

 

Il dansait et criait «libre, enfin, libre!» 


A partir de cet «incident», l’enfant fut examiné par des pédo-psychiatres qui lui ont prescris des calmants. "Douze gouttes le soir", raconte l’assistante familiale. Elle ne se souvient pas du nom de ce médicament.

 

Elle évoque les de l’enfant qui lui demande chaque soir : «pourquoi il faut me droguer, pourquoi ?»

 

Petit détail qui figure dans le dossier de cet enfant : il a été placé parce que sa mère a des «conduites addictives aux drogues».

 

Il se peut que Moïse ne fait que dire ce que les autres enfants expriment dans leurs corps, dans leur retard dans les apprentissages: nier leur besoin de liberté c'est une forme de maltraitance institutionnelle grave.

 

 

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Published by Maria Maïlat
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