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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 09:46

Brauner LACMA     

"Aujourd’hui et demain. L'esprit européen 1925-1949" vient de parraître aux Editions Phébus.

 

Il est seul, au milieu de la solitude, seul, seul, seul.

Incarnation de la solitude, Klaus est libre dans l'air du temps. Ses chroniques de "nul recommencement" partagent le désepoir avec Günther Anders.

Haillons et smoking, nudité et bain de chocolat noir. Chacune de ses pages s'ouvre sur une chambre obscure.

Klaus Mann marchait et marche toujours dans un présent sans passé, sans avenir, accroché à la force de dire NON. Iconoclaste. Trop humain. Son ivresse est plus lucide que celle des généraux.

Radical Méfisto: il est le 20e siècle. Un siècle mort-né.

L'homme qui aimait la vie s'est donné la mort à Cannes, le 21 mai 1949.

Il scelle l'obsolescence de l'homme.

Il n'avait pas eu besoin de se coltiner les ignobles années 1950. Ni les idolâtres du Progrès des années 1960. Oh, les beaux jours des cocottes-minutes et des Kennedy qui avaient des fans jusque dans les Pays de l'Est!

Klaus avait écrit la suite de son siècle, puis, il a brûlé le manuscrit. Désormais, les gens pouvaient jouer aux amnésiques. Les anciens collabos se refaisaient une virginité. Et cela a continué ainsi après la chute du Mur de Berlin... Mais Klaus détestait la répétition. En revanche, les gouvernements aiment tourner en rond, s'enfoncer dans les écoutes téléphoniques, la mise en scène des viols, poursuivre la destruction de la pensée. Le désert peut s'étaler à perte de vue.

Klaus Mann a compris le chemin pris par les Etats d'Europe. Chaque ligne signée par Klaus aurait pu être publiée dans un quotidien de ce jour et de demain.

L'écrivain qui écrit son oeuvre à dix-neuf est un homme perdu, exclu de la vie ordinaire.

En 1949, Klaus Mann était jeune, très vieux, sans âge. Il était Klaus sans Arlequin. Arlequin avait épousé la fumée.

Les Européens ont perdu le sens de l'humour critique et de la tragédie. Il ne reconnaissent plus les limites de leur folie. Ils ordonnent des règles de jeu qui font tomber des pays comme des mouches: youpi! Touchée, la Grèce! Le virtuel est le pire des jeux grandeur nature. Autrement dit, les Européens excellent dans l'art de se tirer une balle dans le pied ou dans la tête.

Klaus aimait rire seul. 

"Tous, sous les feux de la rampe", murmurait le ciel à Cannes. Klaus, le nomade, le seul Européen d'une Europe qui est restée et restera une utopie, ne voulait pas quitter la nuit.

Dans la mort, Klaus est libre. Un NON radical lui a sauvé la vie, celle qui n'a pas besoin de petits arrangements entre traîtres.

Sa main ne s'arrête jamais, elle écrit pendant que je lis ses livres.

Je lis et, par mon acte, Klaus continue d'écrire. 

La vie danse dans l'écriture et l'immortalité jaillit de la chute de l'écrivain et de l'ange.

LEGENDE: tableau de Victor Brauner (j'y renviendrai)


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Published by Maria Maïlat
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