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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 00:17

 

Il fut un temps où la langue avait eu une haute valeur de symbolisation. Elle portait la création de l'entendement et de la transmission que l’oralité risquait de perdre. Ecrire était un acte de culture, avant tout. Il fut un temps, en France comme ailleurs, où l'homme de lettres, celui qui était choisi et guidé sur les chemins de la connaissance, avait su acquérir avec les connaissances, un responsabilité particulière: la responsabilité des mots écrits à l'endroit de la vie. La responsabilité de celui qui accomplissait le passage des faits vers les traces écrites était telle qu'il ne pouvait pas ignorer la force symbolique de l’écriture et, donc, les limites qu'il devait s'imposer. Car il laissait des pages remplies de chronique, histoire, compte-rendu, acte notarial, ordonnance, contrat. Je garde comme comme un trésor les feuilles centenaires, épaisses, clairsemées de taches de moisissure qu’un notaire m’avait offertes. Contrats, testaments, legs. En bas des pages: paraphes, signatures, traces d’une oblitération faisant foi... L’objet, la feuille écrite, était symbole per se

Ces pages constituaient une partie de la peau de celui qui les écrivait. Il écrivait avec le soin et la crainte de celui qui ne veut pas "perdre la face".

Ecrire revenait à témoigner. Assumer la signification de chaque phrase et la portée de chaque interprétation dans un temps ouvert, nommé «postérité». Ecrire passait par l’apprentissage de la lecture, mais aussi par le latin, le grec... Et surtout, par la conscience que la langue n'était pas donnée en pâture, qu'elle nécessitait autant de soins qu'un être vivant, car elle pouvait faiblir, s’abîmer, mourir. C'est ainsi que toute personne chargée de connaissances et investie du pouvoir d’écrire apprenait à peser ses mots et à soigner sa calligraphie. Tracer un mot prenait du temps. L'effacer n'était pas chose aisée. La rature entamait le papier. La tache embarrassait l'auteur. 

Pendant des siècles, la capacité de symbolisation des mots avait été reconnue comme étant génératrice de l’homme en tant qu’homme. L'humanité était une bibliothèque. Elle sortait de la caverne pour passer dans l'écriture, "reflet" autrement dangeureux et sacrée.

L'homme pour l'homme se transforme en être de parole et la parole scellée dans les lettres demeure de génération en génération. Buffon a su formuler une définition lapidaire de cette force culturelle reliant langue et civilisation: «le style, c’est l’homme.» Celui qui écrit, surtout lorsqu’il écrit à l’endroit de la vie des autres, est avant tout responsable de ce que son style atteste de l’humanité tracée, attestée pour l’autre. Le contenu de l’écriture devrait répondre à la question: «Qu’est-ce que je laisse par mon écrit dans la vie présente et future de cet enfant, pour ces propres enfants, pour sa postérité?» « Et cet enfant, qu’est-ce qu’il pourra dire de lui-même à la première personne du singulier, en lisant mes écrits?» Ces questions me semblent indispensables dans a formation des professionnels. 

 

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Published by Maria Maïlat
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Denis Thomas 10/02/2012 22:26


Oui.


Peter Sloderdijk, dans son tome 3 de Sphères, parle de notre XX° siècle, et + particulièreùenr de la fin d ce sicèle comme celui de la rumeur; la value, la vérité n'est plus une. Le déclin de la
Religion, la perte de valeur, symboliques culturelles (arts), met en avant l'homme et son incertitude. Chacun, à tatons, tente une piste, une direction de connaissance et de croyance; une voie.
La "vérité" n'est plus une mais mutliple ...


 


Denis Thomas

Maria Maïlat 06/05/2012 11:00

Kafka disait/écrivait que la vérité est une mais elle a mille et mille visages.