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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 08:31

Ne pas être né est le meilleur début de l'homme. Mais si la naissance a eu lieu, alors chacun est digne d'un récit. Nulle vie ne devrait se dérouler sans être chérie, caressée, entourée soigneusement par le récit. Car sans récit le début même de la vie est faite de telle sorte qu'il interdit tout début. Ce début qui interdit tout début EST. Une vie. Un oxymoron. Quelque chose comme l'acte de parole nous éveille et nous fait émerger de l'oxymoron. De ce lieu où ne pas être né est "pour ceux qui viennent sur terre le mieux". (Théognis, auteur qui a inspiré Sophocle). Mais jamais personne ne peut formuler le voeu de ne pas être né ... avant d'être né. Formuler, c'est-à-dire, le dire à l'autre ou l'écrire. Et le suicide nous propulse dans autre chose que le "ne pas être né". Oedipe ne formule jamais le désir de ne pas être né du ventre qui l'a porté, mais il s'écrie que l'on aurait dû le tuer quand il était un bébé.  Mais la mort n'est pas encore assez. Le néant qui sépare l'être-né du non-être tout court est insondable par notre esprit, nous restons au bord et nos mots ne pénètrent jamais le néant. La vie contient la mort. Le néant ne "contient" que le néant.

L'homme peut formuler le désir de ne pas être né ou de naître plus tard. Mais ses souhaits ne changent pas le cours de sa vie. Et avant que la vie ne s'achève, personne ne peut se dire bienheureux ou malheureux. 

Mais cette culture est jetée aux oubliettes. Exit la Grèce antique, exit Sophocle. Nous entrons dans le grand marché des interdéterminations qui s’entrechoquent au déterminisme destructeur de subjectivité. Dans ce marché mondial, les maîtres du monde installent la mort comme Centre de gestion de la vie humaine. Les méditations antiques ne valent pas plus qu'une bonne blague, une représentation théâtrale, un jeu absurde, un Witz. Chez Sophocle, l'ironie est une ascèse. L'homme se retient d'ironiser sur le dos des parias, au pays des malheurs et cela pour la simple raison que l'on est tous mortels. La mise à mort par l'absurdité, la dérision, le mépris est interdite dans la cité, car "ne-pas-être-né l'emporte sur la totalité du discours". 

Devant la massive intrusion des institutions policières, gestionnaires, voyeuristes dans la vie NUE des êtres humains, le cri d'Oedipe ne vaut plus grande chose: "Non! Non! ne me demande pas qui je suis." 

Un Etat devrait prendre mille précautions pour préserver ce cri, ce lieu de naissance (qui n’a rien à avoir avec le terroir ou la langue maternelle) ce lieu de naissance suspendue au-dessus du néant où chacun d'entre nous est confronté à la question "qui je suis?". 

Au lieu de ce chemin qui aurait pu s'ouvrir dans l'enseignement à l'école primaire et collège, dans les salles du Sénat et des institutions où l'on forme des magistrats, des médecins, des policiers, des psychologues et des travailleurs sociaux, nous avons le brouhaha du glissement totalitaire vers le non-être. 

La culpabilité de ne pas jouir des apparences et de la pensée unique comme «tout le monde». La culpabilité de ne pas. Chez Bartleby, le geste inhérent à son humanité est indissociable de son corps, de sorte que son dire «je préfère ne pas» se manifeste par la disparition de son corps. Chez nous, l’homme occidental a été frappé par un désastre. Le désastre d’un clivage au coeur de l’être, au point que l’être est pris comme non-être. La fission a eu lieu: je passe ma vie à ne pas être et ma culpabilité se répand partout, contamine tout ce qui m'entoure. Il n’y a plus l’arbre de la vie pour installer la frontière entre être et non-être. Il n’y a plus d’arbre du tout. Il n’y a plus que ce dessert où erre les mots, le verbiage, les individus honteux de leur corps, il n’y a que le dessert si redouté par Nietzsche. L’être pris comme non-être nous fait dériver vers un totalitarisme-sans-nom.

 


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Published by Maria Maïlat
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