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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 18:48

P1030263A Los Angeles, Angels Flight, c'est le plus petit tramway du monde. Mais si, mais si, puisque l'affiche nous le dit! La réhabilitation excessive veut nous replonger au début du siècle dernier: tous les rêves des machines et du progrès industriel étaient permis. 

Los Angeles garde des strates, des débris, des configurations étranges qui commencent à habiter mon imaginaire. Les sirènes des pompiers ponctuent le bruissement sourd d'une ville immense, composée d'un milliards de micro-organismes urbains.

Vendredi: une journée de marche sous la pluie, avec une brume découpée en forme de voiles de mariée. Des voiles délaissées, effilochées entourent les buildings. Nous avons pris le car et j’ai pu découvrir une autre manière de voyager, inconnu en Europe. Aucun agressivité, aucun sentiment de danger. On monte dans un bus que le chauffeur "habite": vous êtes un peu chez lui, dans sa cour, devant sa maison. Parfois, on négocie le prix, autrement pas question de monter sans payer. cela semble normal, ordinaire que tu sois blanc ou ... pauvre.

Puis, marche dans Downtown qui s'élève ironiquement vers la ville décrochée de la croûte terrestre... et entrée au MOCA, The Museum of Contemporary Art: ce fut une des rares découvertes de mes dernières années de voyage dans les musées. Coup de fouet, pleine d'idées papillons virevoltaient dans ma tête. J'ai eu  envie de prendre des notes. Un homme poli, à la peau épicée, s'est approché de moi: "No pen, please!" Pas de stylo. Il me tendit un crayon bien aiguisé, comme je les aime, qui écrit bien. Le bois peint en rouge et blanc. D’une longueur de quatre centimètres, environs. Un crayon fait pour écrire, mais aussi pour que je le glisse dans la poche pour l'emporter avec l'inscription gravée sur ces quatre centimètres: PLEASE RETURN.

Mark Ryde, "The Tree of Life": un sommet d'un arbre jaillit la tête d'une fillette parfaite, d'une beauté raide - raide morte. Une tête modelée, fabriquée avec les fantasmes de plusieurs générations d'adultes. Le 20ème siècle a fabriqué le culte de l'infans à la bouche entre-ouverte, une industrie, une chaîne d'usines dédiée à l'enfant innocent. Les grands yeux ronds, la bouche entre-ouverte rendent son mutisme encore plus visible. Une bouche désirable, maniable. N'importe quel ventriloque (psychiatre, juge, policier, médecin, artiste?) pourrait lui faire tout avouer. Une bouche de victime qui attire et excite les pouvoirs. Une nymphe dans un nid de guêpes. Ce tableau nous donne l'essence même de l'adoration post-moderne, psychotique, de l'enfant.

Au pied de l'arbre: un roi-père comme dans les contes de fées et à sa droite, une femelle, une guenon qui se tient debout. Son regard pitoyable, larmoyant, maternel vous fend le coeur et vous donne envie de vous sauver à toute vitesse, avant même d'avoir enfiler votre Kway contre la pluie froide qui sévit dans les rues.

Une petite voix murmure: «ne sois plus jamais enfant, ma fille! Plus jamais mère non plus. Sois juste unE être humainE qui se tient debout et marche en dépit du fait que le masculin l’emporte dans la langue française."

Les artistes du MOCA donnent à voir les restes laissés par les bâtisseurs des utopies nostalgiques, les beaux-parleurs et les banquiers qui nous conduisent vers l'avant-dernière banqueroute de notre histoire dont ils disent "posséder" la solution, eux, qui ont des ventouses voraces à la place du cerveau. Et pourtant: ce musée existe grâce aux dons des riches. Nous sommes dans un cul de sac, dans ... ready-to-eat-art (Claes Oldenburg).

Nous sommes acteurs, créateurs d'un monde suicidaire, clivé au milieu, et qui court en se déchirant: un vers le noir, l’autre vers le blanc.

J’ai vu aussi le peintre de Trump: le clown monstrueux lui saute à la figure sortant de son tableau. La modernité produit la vie, mais aussi le retournement des choses en monstres. Robert Williams: «Creation of Trump Creator». Derrière le peintre qui mène un combat sanglant contre son clown, on voit quelques infirmiers désemparés ne sachant plus qui doit être secouru. Qui est le patient?

C'est samedi: il pleut sur Los Angeles, une pluie de larmes en écho à ce sentiment fort, silencieux qui me tient suspendue du côté de l'homme nommé Viso.

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Published by Maria Maïlat
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