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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 00:18

«Lorsqu’on a vingt ans, on est incendiaire, mais après la quarantaine, on devient pompier.» (Gombrowicz) “Pompier” renvoie au pompiérisme de bon père de famille qui s’encanaille dès que sa femme a le dos tourné ou prépare les crêpes.

Dans une conversation dont j’ai été témoin, un monsieur d’une cinquantaine d’années se vantait d’avoir été un héros de je ne sais quelle bataille perdue, bourlingueur et rebelle, au demeurant. Mon fils de 17 ans, lui a répondu:
“Je ne vous crois pas. Un héros meurt à 18 ans et, s’il survit, il se fait discret et sage. Ou alors, il devient un monstre sacré, mais un monstre.”  T. S. Eliot, le poète, disait quelque chose de semblable: “Les convives du salon devisent sur Michel Ange.”  Deviser, barboter dans les formules qui nous donnent un semblant de gloire. Est-ce un trait de haute civilisation ? 

A la fin des années 1980, j'ai été recrutée au service invisible du  "Minitel rose" pour arrondir mes fins de mois et pour filer de la matière à une collègue qui travaillait sur ce sujet pour sa thèse. Elle avait trouvé un titre à coucher dehors: "La marchandisation du langage dans les échanges sex-virtuels". Conclusion: après le divin Marquis, il faut changer de langue, apprendre le chinois ou le russe et le sexe en même temps. Ou alors, être Georges Batailles. Manque de peau, personne ne peut cloner l’oeuvre d’un écrivain. Pour la pornographie au féminin, il reste LAURA, ses souvenirs, son livre unique édité par Bataille, après la mort de Laura. Les exemplaires s’entassaient dans sa maison de Bourgogne, mais il ne parvenait pas, dit-on, à s’en séparer. 

La pornographie, oeuvre de destruction du réel, ne peut exister que dans un excès sans adresse, dans un simulacre suicidaire qui fait résonner l’acte de Mishima. Le langage de la pornographie est un saut dans l'incendie du temple qu’accomplit un de ses personnages: une absorption totale, impuissante, in-jouissive dans la matière souffrante, sacrée, sans origines, sans fin, ralentissant juste le mouvement des flammes qui vous consomment de l’intérieur. 

Une sorte de quête de l’immortalité se déplace dans la pornographie esthétisante des écrivains éperdument seuls, incapables d’écrire, d’aimer ou de prier, ivres de leur propre peur de mourir.

La pornographie de Gombrowicz est un prolongement de son exil, un exil qui ne trouve pas une correspondance ailleurs que dans la destruction des sentiments et de l’âme. L’âme est un mot éminemment pornographique.

La pornographie est à mille lieux de la scène hétérosexuelle “bon enfant”, du vice enjolivé par la vulgarité. Elle hurle et dégouline dans la salle de réunion des professionnels qui discutent et étalent les mots d’un enfant décrivant son corps immature et les gestes d’un adulte nu. Les professionnels frétillent autour de ce déballage cadavérique et jouissent comme des bêtes bien éduquées. 

Gombrowicz refuse la pornographie moderne en l’écrivant, en la mettant en pièces dans une écriture contre-narcissique, cruelle, solitaire, silencieuse, apatride. Il laisse apparaître la machinerie qui tourne à vide, le simulacre sans espoir, la fausseté du rapport aux plaisirs du corps. 
 


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Published by Maria Maïlat
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