Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Maria Maïlat
  • Maria Maïlat
  • : site : artefa.wordpress.com, formation, littérature, anthropologie, philosophie, intelligence collective, marche, amitié, hospitalité, enfance, Paris, mémoire, Foucault, Nietzsche
  • Contact

Texte Libre

Recherche

24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 15:39

 

“Pas moins de 5 000 à 8 000 sangliers et marcassins ont pris leurs quartiers dans Berlin” annonce Audrey Kauffmann (AGF, Berlin). Les moyens d’éradication ont été mis en place: l'Office des forêts compte «dépasser largement» les 2 000 de sangliers éliminés d'ici fin mars. Une nouvelle catégorie de «chasseurs urbains» mandatés par la ville sillonnent les quartiers. Ils traquent la bête, mais leur opération serait-il que chirurgicale? Les sangliers, solitaires ou en horde, labourent, certes, les gazons, les aires de jeu des enfants, les cours d’immeuble, mais ils ont surtout fait leur apparition dans l’espace politique des Berlinois (cf. Cyril Lémieux sur France Culture). 

Les sangliers remuent les vertus du politique, donc: d’abord par le fait que l’on signale leur présence dans l’espace public par des pancartes. Puis, par la construction des nouvelles frontières du genre “merci de laisser ce portail fermé, attention sanglier”.  

La mobilisation pro-sangliers prend de l’ampleur et rassemble des gens de tout horizon qui se rencontrent, se parlent, font connaissance et se reconnaissent: policiers, vétérinaires, professeurs, retraités, de nombreux jeunes, etc. Ils traitent les chasseurs urbains d'“assassins”.  La mairie a institué une amende pour dissuader les Berlinois pro-sangliers à les nourrir et les soigner. Alors, les pro-sangliers constituent-ils finalement l’émergence d’un autre pouvoir alternatif dans la ville?

Un défenseur des sangliers, cité par un quotidien français, affirme: “Grâce à leur intelligence hors du commun, ils ont compris qu'il nous est plus difficile de les abattre au milieu des automobilistes ou tout simplement en milieu urbain, au risque de blesser des passants. Ils connaissent mieux que nous la ville et ses nombreux bâtiments désaffectés qui leur servent de planque.»

“Il faut apprendre à vivre avec” est l’axe politique de ce nouveau réseau de Berlinois qui veulent faire de leur ville autre chose qu’un enclos pour la sécurité et l’ordre.

Il se peut que le renouvellement de l’espace politique viendra avec l’aide des sangliers et des loups. A condition qu’il y est, comme à Berlin, une prise en compte de la  liberté ("la liberté des uns se réalise avec les autres"). Les sangliers sont suffisamment intelligents pour ne pas se laisser enfermer dans les enclos construits pour eux. Les gens se laisseront-ils dominés par l’ordre sécuritaire et l' “oubli” de l’histoire de la république? 

Dans le Queyras, c’est le loup qui cristallise les combats politiques et trace les frontières entre les anti-loup et les pro-loup. Le “médiateur” de cette république est un chien qui déclenche aussi des polémiques: le patous. Il est capable de tenir à distance le loup et de protéger les troupeaux, mais il a un coût: comme toute réponse intelligente et bienveillante, le patous implique un changement dans la logique utilitaire, donc, dans la tête des gens et entre les gens. S’il n’y avait pas le loup et l'évocation des dégats qu'il produit dans les troupeaux et si, de l’autre côté, il n’y avait pas les citadins installés depuis 50-40 ans qui défendent le loup, quelle autre frontière auraient pu séparer les uns des autres? Les terriens du Queyras qui comptent d'innombrables générations au cimetière et les “étrangers” qui comptent une ou deux générations, c'est aussi par la "politique du loup" qu'ils se parlent et débattent. La frontière tracée par le loup et le patous permet de se situer, de constituer des alliances, d’avoir à construire une cause politique démocratique, c'est à dire à double tension, un arc tendu qui fait vibrer la vie entre le désaccord et l'accord. 

Le patous que j’ai vu pendant le tournage d'un documentaire, c’est la figure de la force tranquille, de la bienveillance. Mais la bienveillance n’est pas rentable et ne rapporte pas (sauf si elle est falsifiée en argument de vente, mise en scène). Mais le Patous n’a pas la logique de Leclerc ou d’un chef qui vante les mérites de son Rolex. Le patous n’a pas besoin d’un Rolex pour accomplir son rôle de conciliateur entre les troupeaux, les hommes et les loups. 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Maria Maïlat
commenter cet article

commentaires