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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 16:16

La recherche appliquée à décrire les politiques et l'action sociale exige un renouvellement de nos fondamentaux et une clarification de nos concepts. C'est urgent car nos explications théoriques sont présentées comme des potions magiques de Vérité. Ersatz de vérité!

Mais l'urgence de la pensée renouvelée trouve son origine surtout dans « l’air du temps irrespirable, une suffocation, une colère contre la précarisation des vies ordinaires à laquelle nous assistons, impuissants » (Guillaume le Blanc - Vies ordinaires, vies précaires, le Seuil, 2007).

Certains chercheurs vont jusqu'à légitimer le caractère "naturel" de ces vies laminées sur plusieurs générations: je lis des "études" qui fabriquent et figent des sacrées défaillances à l'intérieur de l'individu et de sa famille. Elles alimentent le pouvoir des confusions par la pire d'entre elles: la confusion entre le biologique et le culturel, notamment dans l'analyse de la famille. Cette confusion biologisante nous affaiblit en tant que civilisation et ouvre les vannes de la "sélection naturelle" malthusienne (qui n'a jamais rien de ...naturel). L'autre (l'altérité) n'est plus qu'un fatras de catégories excluantes (le jeune est remplacé par le mineur délinquant et l'enfant par l'incasable ou le fragile! - c'est à dire des "choses" que l'on trimbale d'une institution à une autre).

L'analyse anthropologique cherche à comprendre pourquoi la sociologie et les sciences appliquées à la psychologie humaine ne participent pas à leur propre critique et ne voient pas en quelle mesure elles servent le pouvoir en place? La prolifération d'un discours sur les pathologie sociales et familiales est la meilleure façon d'évacuer la pensée politique. La responsabilité scellée dans le ventre de la mère et le fouet du père: quoi de mieux pour installer un gouvernement qui jongle avec les dichotomies opposables, la "loi du sang", et notre âme?
Mais est-ce que nous nous autorisons encore à réfléchir en terme d'esprit, d'éthique et d'âme?

Pourquoi cette cécité devant le "mythe" du biologique que l'on intronise dans les liens entre les humains? Ce mythe, ainsi que l'échec programmé de l'école républicaine, composent le cheval de Troie d'une conception raciale dirigée contre les générations à venir? Ce n'est plus les Noirs et les Blancs qui sont opposés, mais ceux qui disposent d'un "capital social, économique" et ceux qui disposent d'un capital "noir" d'exclusion et de disqualification, accumulé sur plusieurs générations.

Ce discours infeste l'action sociale. Il est alimenté par nos propres théories et savoirs dirigés à la fois contre et pour aider les familles. D'ici jusqu'à la pureté et la soumission dans le cercle fermé des privilégiés n'est qu'un pas.

Aujourd'hui, la France a accepté que la délation raciale (de l"étranger) devienne Loi imposée par ses élus. Ce n'est pas le péril d'une chefferie obsédée par les sondages qui pose problème, mais l'enfoncement dans une balkanisation des institutions garantes de notre civilisation.

Bal-kan = "montagne boisée" (en turc) où l'on s'égare, où personne ne trouve l'agora indispensable à la démocratie. Bal-kan où la violence fragmentée se dissout dans l'impuissance. C'est la perte de l'acuité des mots, la perte de la rigueur dans l'échange et la réciprocité...  L'inhumain brille sans lumière: "L’atmosphère idéologique peut empêcher de penser ou provoquer la révolte. Pourtant, l’indignation reste stérile politiquement, parce qu’elle est vaine théoriquement." (Gérard Bras).

La "grève" d'un chercheur est de mettre au travail ses outils et ses concepts, de risquer la pensée contre la fabrication institutionnelle de l'inhumain (sous couvert de l'aide à la réussite!). Il doit se risquer au-delà de sa carrière pour mettre à jour la peau brûlante de ceux qui n'ont pas accès à la parole, mais dont on se sert pour justifier les "théories", les "projets de lois" et les "vignettes", autant de friandises au festin des plateaux TV et d'une politique qui n'a de cesse que d'agonir les trois principes fondateurs d'une grande culture.



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Published by Maria Maïlat
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