Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Maria Maïlat
  • Maria Maïlat
  • : site : artefa.wordpress.com, formation, littérature, anthropologie, philosophie, intelligence collective, marche, amitié, hospitalité, enfance, Paris, mémoire, Foucault, Nietzsche
  • Contact

Texte Libre

Recherche

6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 23:45

Mon séjour à Vézelay commença par un rêve: j’étais sans ami, sans maison dans une ville. Une voix me disait que j’avais pris le chemin du Viêt Nam. Viêt-nam? Oui, me répondit la voix, c’est à dire, la vie-âme.  

Je m’étais dit qu’un jour, Vézelay sera ma joie comme une tasse de café au réveil. 

Le destin nous tombe sur la tête et nous attache à la terre natale. Plus fort et plus haut brille pour moi le ciel du voyage, d’un ailleurs où personne ne m’a mise au monde, donc là, je peux aimer l’amitié, l’amour, la langue. 

“ Je reviens là où je ne suis jamais allée” (Caproni)

La Bourgogne a plusieurs sortes de terres et de mémoires. Mais elle ne connaît qu’une seule rose fleurie dans les Cantiques, une seule fille de joie de la révélation : la Madeleine de Magdala. Je l’associe à la madeleine de Proust. Toutes les deux ont bon goût.

La Madeleine myrrophore fut pour moi une rencontre de vérité, d’enfance retrouvée à Vézelay. Sa présence pourrait se résumer à ce murmure, souviens-toi. Souviens-toi, et apprendre à parler sans colère… Il n’y a rien de plus difficile que cela : penser, parler, regarder autour de soi sans colère, mais d’un œil éveillé, fiévreux, précis, un œil qui est relié à l'éclat de la voix intérieure, la voix dans le noir. 

Marie-Madeleine de Magdala se situe à l’opposée de Jeanne d’Arc. Elle sais que l’immortalité de la parole nous porte autrement que l’exil du soldat. 

Marie-Madeleine de Magdala est la petite-fille d’Antigone. Elle dit simplement, je peux. Je peux m'asseoir aux pieds d’un voyageur fatigué et lui parler. Je peux m’asseoir à la table des hommes et méditer avec eux. Et les hommes apprendront à aimer leur corps sans armes, sans armures, leurs corps nus.

Marie-Madeleine dit aussi: Si, tu peux. Elle ne profère ni menace ni injonction ni cri. Elle porte une jarre remplie de parfums et d’huile aux odeurs de vie. Elle me dit que chaque mortel a sa part de vérité qui n’est pas entre les mains des autres. La lumière est dans chaque regard. La haine est une injonction qui nous vient de dehors, du bruit que les fers des fils et des pères enchaînés à leurs peurs font devant la lucarne d’une femme assise avec un livre. Le livre est ouvert. Les enchaînés ne lisent pas, ils fabriquent l’existence comme la monnaie, d’une drôle de papier trempé de sueur, de sang, de fureur.

La parole au féminin est révélation. Le corps ouvert est, avant tout mot, silence en écriture. 

Marie-Madeleine de Magdala est une fille de joie. Elle ne se départit jamais de ce rôle sacré. Elle aime les hommes. Elle connaît mieux que personne l’homme sexué, mis à nu dans sa vérité charnelle. Elle possède l’art de faire jouir les cinq sens mâles.  

Marie-Madeleine n’est pas une mère. Elle n’est pas un garçon manqué comme Jeanne non plus. Elle ne se déguise pas. Elle n’entend pas des voix. Elle écoute. Elle parle. Elle est une femme à part entière. Elle garde sa part de féminité ruisselant dans ses cheveux, ses seins, ses mains, ses hanches. Cette part de féminité que les hommes trahissent au nom du pouvoir. Cette part de féminité sans laquelle il n’y a ni création ni pardon ni même un sourire lorsqu'on se croise dans la rue

Partager cet article

Repost 0
Published by Maria Maïlat
commenter cet article

commentaires