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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 12:40

Reine avait l’obsession des clés

mille clés et pissenlits mêlés

dans le même rêve qu’elle me racontait

en trois langues

Sans jamais trouver la clé qui ouvre

la tombe de sa fille unique poème perdu

brûlé dans un cendrier et

son fauteuil

roulant au-dessus de la voûte

céleste plus profond que le centre de la Terre

le vertige des trous noirs partout

sur les rails elle marche devant moi

ne pas tomber dans les orties qui envahissent le chemin

de fer

nous marchons en équilibre sur le fil perdu des enfants

marchandises nues

mon corps d’ombre a sept ans

je me confonds et me dissous dans les robes que Reine

enfile sur la poupée vivante revenante qui se tient

devant moi dans le miroir

là c’est un autre moi aérien qui n’a pas besoin de manger

prendre juste un peu d'air de hauteur quelques millimètres suffisent

pour danser décoller de la poussière dans la fumée aux odeurs

de chair brûlée

entre mes épaules la douleur du saut dans les cendres et

jamais de retour jamais aucune lettre

mais

Reine attendait pendant qu’elle me faisait apprendre

une langue morte

langue de rêve

de patience et de chanson yiddish

disait-elle

je croyais que c’est un pays un dieu le

Yiddish

un jouet labyrinthe dans lequel je pouvais me perdre

sans plus grandir surtout jamais grandir et

sans se séparer de la clé

pendant que Reine comptait comme on compte

les chers disparus toutes les clés

la clé égarée la clé perdue

et celles cachées rouillées sans serrures

clés dans des boites à couture

dans les poches du manteau noir

que des clés sans adresse sans porte sans tiroir

Riche de ce monde fracassé

malade de sa grande inutilité

j’emporte sur mon dos la brûlure des nuits chantées

en yiddish la langue des clés minuscules

entre les doigts des fées parties en fumée

cadeau de ma Reine rescapée

de Bergen-Belsen.

(2016)

http://www.youtube.com/watch?v=0hFt2a-hhWY

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Published by Maria Maïlat
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