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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 11:05

Je voyage beaucoup dans des grandes et des petites ville, mais je n’entends personne chanter à ses fenêtres, fredonner un petit air en marchant dans la rue, attablé devant un café ou en achetant le pain. Quand la voix humaine chante quelques notes intempestives, l’infini brise prodigieusement le fini. L’infini fait levier dans la voix humaine, éloigne les contingences, ouvre l’esprit. Quelques notes de musique et les poids deviennent moins écrasants, moins intolérables. L’infini soulève le monde dans une ville quand un homme se surprend murmurer une chanson pour rien. Il éloigne un peu le trop grand mal du monde. Au lieu de ces moments de grâce, les gens organisent une « fête de la musique » (je pense à la menace « attention, ça sera ta fête! » qui impose cette fête de la musique au point que chacun se sent obligé d’y aller et s’il n’y vas pas, il faut trouver la bonne excuse). Sur commande, un fois par an, vous êtes prier de vous exécuter et d’exécuter un morceau que vous avez retenu de vos leçons de musique, de solfège, de flûte ou de piano ou de ce temps où, après un divorce, un cancer ou un licenciement, vous avez fréquenté une chorale. Là encore, on y chante sur commande, à la baguette, obéissant à la discipline. On devient bureaucratiquement choriste. Mais surprendre un homme ou une femme qui chante en se penchant par la fenêtre pour voir quel temps il fait dehors ou pour jeter un coup d’oeil dans la rue, cela ne m’arrive jamais. Les fenêtres sont devenues muettes. Elles s’ouvrent et se referment sans violence comme si elles avaient honte de troubler la fragilités aphones de ceux qui habitent derrière elles. Jadis, face à la Méditerranée, un poète pouvait dire que les chants coulaient dans les veines des cités qu’il traversait. Mais le plaisir de chanter, de fredonner, de s’égosiller a disparu. Peut-être que dans la voiture, certaines se laissent troubler par une chanson disparue qu'ils chantent faux à tue-tête et les larmes leur redonnent le sentiment d'être libre autrement. Mais je crains que la plupart ingurgite les tubes qui passent à la radio ou dans le lecteur CD de leur voiture. Je l’espère pour eux qu'un jour, les trois notes intempestives leur donneront envie de recommencer un bout de chemin de leur vie face à l'infini.

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Published by Maria Maïlat
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